Un garçon se maquille et c’est la panique

Le 18 février 2019, un lundi matin, Alexis se maquille sobrement et chausse ses talons. Élève en première Littéraire du Lycée Bellevue d’Albi, dans le Tarn, Alexis se doutait-il de la réaction démesurée de sa conseillère d’éducation et des réactions en chaîne dans les médias et les réseaux sociaux ? « Des gars qui se maquillent, ça fait rire les passants » mais faut-il voir rouge (à lèvre) ?

 

Les armes du crime : talons et maquillage

 

Interrogé par France Bleue Occitanie, le jeune homme a déclaré très calmement : « On est dans une société qui change, où les codes se renversent. Et il faut s’assumer. Les hommes ont le droit de se maquiller. C’est un accessoire. C’est de l’art. Je ne vois pas où est le problème.»

Et pourtant, les institutions ne favorisent pas l’évolution des mœurs et l’égalité homme-femme. Les garçons n’ont implicitement pas le droit de venir à l’école en jupe. Vous ne me croyez pas ? Essayez donc ! Je parie que le professeur vous contactera rapidement, au motif que l’enfant est en danger psychique. La féminité est-elle une maladie contagieuse ?

Renverser les codes : le maquillage est subversif

 

Les femmes portent le pantalon depuis maintenant 100 ans, et ça ne s’est pas fait sans scandale. Les garçonnes, dans les années folles, ont adopté les codes de la masculinité : cheveux courts, cigarette et pantalon.

La mésaventure d’Alexis prouve bien qu’il y a un problème, une sorte de paradoxe. Les filles sont sur-féminisées, fardées de rose et de paillettes, et les garçons sont tenus à une sobriété extrême. Les seuls écart autorisés sont les costumes du super-héros, de policiers ou de pompiers. Village people et la communauté gay peut être fier de ses petits hommes… encore un paradoxe. De quoi avons nous peur ?

Un paradoxe encore : alors que les femmes sont dites dominées et moins favorisées que les hommes par une société patriarcale, elles ont une très grande liberté vestimentaire que les hommes n’ont pas.

 

Pourquoi les hommes sont lents ?

 

En 2019, les hommes n’ont toujours pas envie d’adopter les codes féminins : ce sont les jeunes hommes qui s’en chargent. Certains n’ont plus peur et trouvent le fait de se maquiller et de porter des vêtements habituellement réservé aux femmes tout à fait normal.

Interrogée par Les Inrockuptibles, Virginie Despentes, auteure de King Kong Théorie, déclare : «Moi j’ai l’impression que les mecs sont vachement lents sur des trucs extrêmement simples : ils sont extrêmement lents à porter des jupes, extrêmement lents à se maquiller, extrêmement lents à se vernir les ongles, extrêmement lents quand ils sont beaux à se servir de leur corps, exception faite des milieux queer (…). Je les trouve extrêmement lents à s’emparer de sujets qui les concernent directement et qui pourraient les concerner exclusivement, comme le viol. Comme quand il y a Nuit debout et qu’on commence à entendre que beaucoup de jeunes filles qui restent la nuit se plaignent de mains au cul (…), ça me surprend que le lendemain les mecs n’éprouvent pas le besoin de se rassembler immédiatement pour dire : qu’est ce qu’on fait ? (…) Je trouve les mecs extrêmement lents à s’emparer de la question de la masculinité (…). A chaque fois qu’un mec viole, ça les concerne tous, au sens ou c’est leur virilité qui s’assoit là-dessus. Quand ils se trimbalent en ville en maîtres du monde, c’est sur le travail des violeurs qu’il s’appuient.»

Un lourd passif contre les hommes non-virils

Il faut préciser à la décharge des hommes un peu frileux que l’homosexualité était un crime passible du bûcher jusqu’en 1791. Aux USA, Alan Turing (un des créateurs de l’informatique tel que nous le connaissons aujourd’hui) a été condamné en 1952 à la castration chimique pour son homosexualité. L’homosexualité est encore réprimée aujourd’hui. Des hommes sont assassinés chaque jour pour leurs choix en matière de sexualité.

 

En quoi les codes de la féminité sont dangereux pour les hommes ? D’où vient ce mépris de la féminité ? Car des hommes qui se maquillent, il y en a beaucoup : les stars du rock et de la pop usent et abusent des artifices du make’up depuis un demi-siècle. Iggy pop nous donne un élément de réponse : « Je n’ai pas honte à m’habiller comme une femme car je trouve qu’il n’y a pas de honte à être une femme. » CQFD

 

Pour répondre à ces questions, certains écrivent des livres, font des recherches. D’autres prennent le risque de transformer nos habitudes. C’est le cas d’Alexis.

 

Des réactions violentes pleines de haine et de mépris

 

Alexis a été massivement soutenu par ses camarades et sur les réseaux sociaux. Pourtant, de nombreux commentaires haineux sont librement véhiculés sur la toile. Alors, un petit message à tous ceux qui croient détenir la vérité : laissons chacun faire ce qui lui plaît tant que ça ne met en danger personne d’autre. En quoi un garçon qui se maquille peut blesser quelqu’un ? À moins d’être soi-même d’une fragilité très peu virile ?

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