Quand l’amour fait mal : essayer la thérapie féministe

thérapie féministe

La vie de couple n’est pas simplement l’interaction entre deux personnes. Si en cas de problèmes et de disputes les tords sont souvent partagés, si chacun amène dans la relation ses propres casseroles, peurs, angoisses et traumatisme, il reste que les relations hétérosexuelles évoluent dans un cadre défini : le patriarcat et des rapports sociaux de genre. Pour les femmes qui souffrent de leurs relations amoureuses, il ne suffira pas de leur parler de leur enfance compliquée ou de leurs problèmes personnels. Il est important de ne jamais perdre de vue la violence symbolique de la société sur les femmes. C’est dans ce cadre qu’intervient la thérapie féministe.

Quand tes thérapeutes ont les idées courtes

Apprendre à aimer est l’œuvre d’une vie. Apprendre à s’aimer aussi. Les femmes sont souvent victimes d’une mauvaise image et ne se retrouvent pas toujours dans les modèles imposés par la société. Pour celles qui sortent un peu trop du rang des bonnes filles et des mères exemplaires, le retour de flamme est parfois violent. Lorsqu’elles consultent un thérapeute, leur histoire personnelle se mélange avec des problématiques sociales. Je me souviens de ce thérapeute qui peinait à comprendre la problématique d’une patiente, qui avait choisi de mettre de l’égalité dans ses rapports avec les hommes. Voici un extrait de leur interaction :

Le thérapeute : « Vous avez un problème avec les hommes Madame ».

La patiente : « Enfin, monsieur, vous ne pouvez pas contester qu’il existe des inégalités et des violences dans la société, prenez l’exemple de Balance ton porc : vous voyez bien le nombre de femme qui subit les violences en silence, vous ne pouvez pas les nier ! »

Le thérapeute : « Ce mouvement, Balance ton porc, a fait énormément de mal. »

La patiente : « La culture du viol également, c’est un juste retour des chose, il est temps que les femmes puissent marcher la tête haute. Il faudra repartir sur des bases plus saines. »

Le thérapeute : « Vous avez réponse à tout, je pense que nous n’arriverons à rien dans cette thérapie. »

La patiente : « Vous me congédiez ? »

Le thérapeute : « La porte est là-bas ! »

Cet exemple banal est une excellente illustration du prolongement de la violence symbolique que subissent les femmes. Consulter n’est pas toujours un acte facile à mettre en marche. Un thérapeute qui n’est pas en mesure d’identifier des violences conjugales risque de faire plus de mal que de bien. Il est extrêmement difficile pour certaines femmes de reconnaître qu’elles sont soumises ou victimes, l’accompagnant doit donc être capable de l’aider à identifier ses propres mécanismes d’invisibilisation de la maltraitance.

Un sac trop lourd à porter pour les femmes

Au sein d’une relation, il n’est pas rare que les femmes portent plus que leur propre fardeau. Prendre soin de son partenaire, tout faire pour qu’il soit bien ou qu’il garde son calme, protéger ses enfants en prenant sur elle, se sentir responsable de la qualité de la relation, porter le fardeau d’une histoire parentale compliquée : le sac d’une femme en consultation est souvent trop chargé. Le premier travail du thérapeute sera de l’aider à faire le tri entre ce qui lui appartient et ce qui dépend des autres. Il l’aidera ensuite à poser ses limites. Les causes de ces difficultés peuvent être liées à des mécanismes internes et personnels, mais ils sont souvent liés aux injonctions sociales qui pèsent sur les femmes : être compréhensive, douce, supporter, séduisante, fidèle, etc. Il est délicat que la mission d’un thérapeute soit de permettre à sa patiente de rentrer dans un moule trop petit pour elle ou qui ne lui convient pas. Un bon thérapeute doit pouvoir identifier les objectifs profonds de sa patiente : comment se voit elle libérée de ses problèmes ? Sera-t-elle en capacité d’assumer un changement ? Avec quel cadre socio-professionnel doit-elle évoluer ? Peut-elle changer sans mettre en péril l’équilibre familial ? Comment l’aider à retrouver un bien-être réaliste ?

C’est quoi la thérapie féministe ?

C’est d’abord une volonté d’établir une relation égalitaire entre la thérapeute et la patiente. Un praticien en thérapie féministe doit avoir des connaissances de base en victimologie et être formé au féminisme, afin de comprendre  :

    • les oppressions patriarcales,
    • les constructions sociales de sexe et de genre,
    • le lien entre les violences de genre et les troubles psychiques comme la dépression, l’anxiété, les phobies, les addictions ou les dépendances affectives,
    • les violences machistes (psychologiques, physiques et sexuelles),
    • le stress post-traumatique qui peut de ces violences.

C’est une compétence supplémentaire, qui permet de remettre les paroles de la patiente dans son contexte, au lieu de lui proposer d’intérioriser encore davantage la problématique dont elle est victime.

C’est d’ailleurs tout l’enjeu de cette vision de la thérapie :  rendre visible l’invisible, nommer les faits et des situations jusqu’ici ignorés ou présentés comme naturels, normaux, acceptables.

Cette pratique thérapeutique, encore marginale en France, est popularisée par Elisende Coladan. Pour en savoir plus sur la thérapie féministe, consultez son site.

Et les hommes ?

Les hommes ne sont pas exclus de la thérapie féministe, dont le but est de faire évoluer les relations hommes-femmes dans un sens plus collaboratif et enrichissant. Ils peuvent être suivis en thérapie féministe, pour s’interroger avec un accompagnement bienveillant, sur leurs comportements et la manière de vivre leurs relations, tout en prenant conscience des processus oppressifs et violents ainsi que de leurs privilèges. Pas de moralisme ou d’association de femmes contre les hommes, bien au contraire : sortir des problèmes de couple pour se resituer dans un contexte culturel global peut également permettre aux hommes de parler de leurs propres souffrances liées aux injonctions à la virilité, à ré-ouvrir une porte parfois verrouillée à double tour sur leurs propres émotions et souffrances, et se déculpabiliser en comprenant qu’il s’agit d’un problème plus large, qui est une problématique partagée par beaucoup d’autres personnes, soumises aux mêmes contraintes.

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